AUTEUR:
Emile N. HOUNGBO,
Ingénieur agroéconomiste,
DEA en Socioéconomie de l’environnement et du développement durable,
Doctorant,
Président de l’ONG GRAAP,
05 BP 774 Cotonou (République du Bénin),
Tél. (229) 90943976,
E-mail : enomh2@yahoo.fr
LE PROBLEME
La perte de la biodiversité constitue de nos jours l’une des principales péoccupations pour la promotion de la production agricole et de la sauvegarde de l’environnement. Ceci est dû au constat depuis quelques décennies de la forte corrélation constatée entre l’environnement et la qualité de vie et le bien-être de l’Homme. Il s’agit d’une réalité tant à l’échelle du Bénin qu’à l’échelle planétaire.
Malheureusement, l’agriculture est de plus en plus moins diversifiée au Bénin. En plus du fonio, du taro, du sésame, du gingembre qui ont presqu’entièrement disparu, il s’observe une certaine négligence vis-à -vis des cultures telles que les bananes plantains et la courge qui, si rien fait, finiront elles aussi par disparaître. Où allons-nous avec cet état de choses si l’on se rappelle la vérité évidente de l’utilité sociale, économique et sociale de ces espèces. Rappelons que chacune d’elle a, avec certitude, des valeurs d’usage (direct et indirect) et des valeurs de non usage, toutes d’intérêt indéniable pour l’espèce humaine d’aujourd’hui et de demain.
L’analyse des contraintes permet de mettre en évidence la faible satisfaction de la demande des produits issus de ces cultures mineures. Cette situation est due entre autres à l’ignorance de ces cultures par la génération montante, à la faible valorisation des cultures, à la faible productivité, aux pertes élevés à la post-récolte, à la faible promotion des diverses formes de conservation/transformation artisanale des produits. La faible valorisation est due à la faible connaissance des potentialités des cultures mineures de diversification et aux considérations occultes attribuées à certaines d’entre elles. Cette faible diversification qui se manifeste du reste par la primauté accordée aux cultures majeures telles que le coton, l’ananas, le maïs et l’arachide induit à plusieurs égards des effets socio-économiques et environnementaux importants qui s’avèrent défavorables au développement agricole du pays.
En somme, nous pensons que la situation de sauvegarde des espèces est déjà plus que préoccupante au Bénin pour deux raisons au moins :
- En tant que principale culture d’exportation, le coton fait l’objet d’une monoculture intensive avec son corollaire de dégradation du couvert végétal et des sols. cette monoculture du coton induit même la réduction de la production des cultures vivrières de base comme le coton et le niébé, et fragilise ainsi la sécurité alimentaire et l’équilibre nutritionnel des populations.
- La faible diversification des produits d’exportation coton fragilise l’économie nationale dans la mesure où les recettes d’exportation du Bénin n’arrivent pas à résister valablement à une variation, même faible, des cours du coton sur le marché international. L’échec des négociations commerciales de Cancun en 2003 ne laisse guère présager une amélioration imminente.
QUE FAIRE ?
Pour rémédier à cette situation déplorable, il apparaît opportun à notre avis de promouvoir au Bénin les cultures mineures de diversification (bananes plantins, Goussi, taro, sésame, piment, …) dont l’utilité était longtemps connue, notamment pour la subsistance des populations. Paradoxalement, ces cultures mineures bénéficient de peu d’attention de la recherche-développement nécessaire à l’accroisement de leur production. Or, des innovations pertinentes ou potentielles de leur valorisation existent de façon éparse dans le pays. Les bananes plantains par exemple s’inscrivent dans la catégorie des produits potentiellement exportables par le Bénin vers le reste du monde, mais qui sont peu ou presque pas cultivées dans la plupart des régions favorables du pays (INRAB, 2001). Quant à la courge, communément appelée « Goussi » ou « Egussi », ses graines sont jusque-là négligées en termes de production de grand champ, alors qu’elles sont très appréciées comme condiments dans les sauces par les populations (INRAB, 2000). Le taro est transformé en quelques mets dans certaines régions seulement.
A ce sujet, bien que des efforts commencent par être fournis pour rassembler la documentation disponible sur le bananier, la caractérisation des genres de Goussi existant au Bénin, le recensement des insectes inféodés au Goussi, l’amélioration variétale du bananier aux fins de contourner les contraintes de sa production, l’amélioration et la conservation du piment pili-pili, la fertilisation du gingembre, il demeure cependant que des données manquent quant à l’amélioration potentielle du rendement de la plupart des cultures mineures de diversification et aux facteurs socioculturels et économiques qui retiennent les paysans à s’investir dans la production en vraie grandeur de ces spéculations. Ces aspects pourraient être pris en compte par un programme approprié de recherche-développement à l’échelle nationale.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Dossa, S. J, Codjia, T. C. (2003) : Etude des facteurs de distribution et de croissance du champignon comestible Volvariella volvacea au Bénin. In Actes de l’atelier scientifique de l’INRAB n°4. Cotonou. P43.
INRAB-Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (2001): Rapport annuel 2000. INRAB, Cotonou. Pp 43-46.
INRAB-Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (2000): Rapport annuel 1999. INRAB, Cotonou. PP 10-11.
Lokossou, B., Houédjissin, R., Atropo, P. (2003) : Evaluation variétale et sélection participative de bananiers plantains au sud Bénin. In Actes de l’atelier scientifique de l’INRAB n°4. Cotonou. P44.
Quenum, F. J-B. (2003) : Evaluation du potentiel de stockage des semences ultra-sèches de germoplasme de sésame (Sesamum indicum L.). In Actes de l’atelier scientifique de l’INRAB n°4. Cotonou. P47.