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Thursday, 21 December 2006

De Bordeaux à Terra Madre

par Gilles Renoust, membre du Convivium Les Bituriges Vivisques, Bordeaux

Ca y est, j’y suis ! Depuis l’Assemblée Générale Slow Food France à Tarbes et son université d’été en pays basque, je me l’étais juré, foi d’escargot : je participerai à Terra Madre et au Salone del Gusto de Torino en octobre. Une semaine de pèlerinage en terre sainte pour comprendre et m’imbiber du Slow Food ! J’irai simplement en camping-car, réglant d’un coup les problèmes de transport et d’hébergement, d’autant plus que ces véhicules sont acceptés aux alentours immédiat du Lingotto, où se tiennent tous ces événements.
Arrivé sur place, on est impressionné par ces visages que l’on a vus à la télé ou dans les livres de géographie : des gens de la terre entière, de pays méconnus, dans leurs saris, robes, kimono, manteaux ... Puis on découvre une fourmilière de journalistes et de cameramen. Slow Food est si connu ici ! Muni du pass d‘“observer", je pénètre enfin dans le salone. Les portes franchies, l’odorat est assailli de nouvelles sensations, jamais perçues avant. L’œil prend alors le relais : la clé est sur les étals des produits sentinelles : légumes, charcuteries, fromages, viandes, poissons ... leurs couleurs, formes ... Tout est nouveau ici pour l’humble “gastropode” frachouillard que je suis.

Mes sens en éveil, j’entends partout des rires. Il y a de la joie ici : celle de découvrir, goûter, partager de nouvelles sensations. Et, pour couronner le tout, des enfants et des adolescents, par centaines. Décidément, Slow Food est populaire ici et on se surprend à rêver la même chose en France !

En même temps que le Salone del Gusto, se tenait l’autre événement planétaire : TERRA MADRE. Ici, la place était à la réflexion, à l’échange des idées autour du BON (qualité du produit), du JUSTE (son producteur doit pouvoir le vendre à un prix rémunérant son travail) et du PROPRE (produit sans altérer l’environnement). Trois caractéristiques de ce que doit être un produit qualifiable de “slow”.
Pour synthétiser, voici un peu en vrac, quelques idées relevées tout au long de ces échanges ou issues de ma réflexion :

1/ Où se situe Slow Food par rapport aux autres organisations ? En fait, les regroupements existants sont “horizontaux” : ils ne concernent à chaque fois qu’une strate de la population. Ainsi, les producteurs ou les transformateurs sont organisés en syndicats, les consommateurs, en association de consommateurs, les citoyens, en organisations politiques. Slow Food a l’originalité d’être “verticale”, traversant toutes ces organisations et permettant à des représentants des strates horizontales de partager entre elles, du producteurs au consommateur en passant par le transformateur (cuisiniers ...)
Nous sommes des contaminateurs d’idée (G. Dalla Rosa), nous avons le devoir de produire une parole publique efficace (Chauvet) lorsque les faits d’actualités l’exigent ‘la grippe aviaire, ...), SF, c’est radical, mais on cherche le dialogue qui est plus constructif que l’affrontement (D. Chabrol)

2/ Il faut rapprocher le producteur du consommateur, renforcer l’économie locale par rapport à l’économie de marché. La société civile le demande de plus en plus. Il ne faut pas isoler les producteurs. Nous sommes des producteurs de culture. Il faut créer des alliances, solliciter la science officielle qui doit se rapprocher des producteurs. Les citoyens, consommateurs doivent être des “coproducteurs”, c’est à dire des consommateurs avertis et solidaires des paysans (C. Petrini). Il n’y a pas d’agriculture paysanne sans consommateur éclairé (M. Parce). Les paysans n’ont pas à avoir honte de commercialiser eux même leurs produits dans la mesure où on conçoit le commerce dans la durée et la confiance mutuelle. Ceci implique de définir et expliciter des critères de qualité (M. Parce).
Massimo d’Alema (vice président du conseil italien), rappelle que les consommateurs, par leur choix, ont les moyens d’orienter la qualité. Nos choix de consommateurs orienteront l’agriculture mondiale. Bon propre et juste est un slogan pour l’économie mondiale.
Slow Food doit s’attacher à sauvegarder les terres près des grandes villes, à aider leurs paysans (G. Delle Rosa)

3/ TERRA MADRE a été un lieu de rencontre des peuples à l’instar des communautés des paysans palestiniens, israéliens, libanais et irakiens qui ont trempé le pain dans le sel à l’issue de leur rencontre (tremper le pain dans le sel est un geste de paix au proche orient).
Il faut redonner du sens au geste :  “ne nous laissons pas retirer les gestes, que TERRA MADRE 2008 puisse nous donner la liberté du geste !” (Petrini),

La nourriture est culture et l’homme est ce qu’il mange (F. Bertinotti pdt de la chambre des députés italienne). Fritjo CAPRA (écolittérature, université de Berkeley, CA) apportera un éclairage scientifique : en partant de ce qui sépare la vie de la mort (le métabolisme), il démontre que les déchets d’une espèce sont nourriture pour une autre du même écosystème et que “comprendre la nourriture, c’est comprendre la vie”. L’homme se distingue des autres espèces animales du fait qu’il prépare ce qu’il mange.

4/ Vandana Shiva (pdte de la commission internationale de l’avenir de la nourriture) : TERRA MADRE = “république des citoyens de la terre”.  En Inde, il faut bien manger ou produire avec amour pour avoir un bon karma. Problématique des OGM, plus politique qu’environnementale, car elle permet à des sociétés privées de faire la pluie et le beau temps sur l’utilisation de leurs semences par les paysans. Derrière, se cache le risque que ces sociétés détiennent une arme redoutable qui serait celle d’affamer une population entière.
Les semences échappent aux paysans, elles doivent redevenir leur propriété. Les multinationales interdisent aux paysans de se servir des semences pour les replanter : création d’OGM “suicides” créant des semences stériles. Elle appelle ces semences, les graines d’esclaves. Il faut stopper les brevets sur le vivant. Elle conclura face à une assemblée exubérante : “en rentrant dans nos pays, nous devons répandre les graines de la liberté”.
C. Petrini reprendra dans sa conclusion ce thème : “les graines doivent être propriétés de l’humanité, exigez de vos gouvernements des banques de semences, exigez des graines gratuites !” (L’association kokopeli rappelle qu’il faut 15 k€ pour inscrire une semence au catalogue officiel, ceci est hors de prix pour un paysan).

5/ SLOW FOOD doit tendre vers la SLOW LIFE. TERRA MADRE doit être en dehors des partis. Sa seule structure, c’est celle des 1600 adresses de ses communautés nourricières.

6/ Les cuisiniers du tiers monde : nous devons être fiers de nos traditions culinaires. Ainsi, Teresa Corcao raconte comment les cuisiniers brésiliens se sont sentis étrangers chez eux après l’arrivée massive des cuisiniers français dans les années 70 pour développer le tourisme. Elle rappelle aussi que dans la majeure partie du monde, manger n’est pas un acte hédoniste, mais de survie. Elle cite le paradoxe de l’Amérique latine : ce continent dont les pays riches ont hérités des tomates, pommes de terre, haricots, maïs ... et où l’on meurt de faim !
Un nouveau type de chef arrive : l’éco-chef, qui se souvient que derrière chaque fruit, légume, ..., existe un producteur, une communauté respectable.

7/ Des retours d’expérience comme celui de M. PARCE, (président de SEVE) qui montrera comment le système des AOC a permit à de simples producteurs de vendre leur vin grâce au terroir et ainsi vivre de leur terre, puis comment le système a dérivé, omettant peu à peu le terroir au profit d’autres aspects (le cépage ...) . Il incitera avec émotion les paysans des communautés nourricières à ne pas délaisser le terroir pour d’autres intérêts purement économiques. “Aimer un champ labouré : pourquoi a t on perdu cela en France ?” “Les paysans français sont devenus dépendants de ceux qui commercialisent leurs produits.”
Il conclura sur le terme d’"exploitant agricole”, ce mot laid; qui résume ce qu’est devenu l’agriculture française en lançant un message aux “paysans du monde, ne faites pas comme nous, cette terre ne nous appartient pas, aimons la, nous ne sommes que des passeurs, nous n’avons qu’un devoir de passage”
Un autre retour d’expérience de l’occident : celui qui concerne notre façon de manger. On préfère économiser sur ce que l’on mange pour s’acheter la dernière techno, cinq chemises ...  Les parents doivent retrouver leur rôle d’éducateurs du goût pour leurs enfants. Ce terrain ne doit pas être cédé aux institutions (écoles ...). Risque du facteur obésité sur nos économies à force de manger n’importe quoi ... Ferran Adria lancera ainsi un appel aux communautés pour qu’elles n’imitent pas l’Europe qui s’est trompée depuis une vingtaine d’années.
8/ Rôle de la haute gastronomie pour faire connaitre Slow Food. De par leur position médiatique, les grands cuisiniers doivent jouer un rôle pour faire connaitre l’attitude Slow Food : recherche des meilleurs produits. (Ferran Adria)

Quelques chiffres :
6500 délégués représentant 150 pays
543 délégués ont adhérés à Slow Food durant Terra Madre
Il y a 10 ans, le Salone del Gusto, c’était 80% de commerçants pour 20% de producteurs. Aujourd’hui, c’est la tendance inverse grâce aux sentinelles; il y a 75% de producteurs pour 25% de commerçants.
Il y aura eu 200000 visiteurs durant les cinq jours.
SFF a trois ans et 2000 membres

Sur le plan personnel, c’est une expérience très forte car rencontrer toutes ces communautés autour des mêmes intérêts permet de dépasser nos problèmes du quotidien dans nos conviviums, pour davantage de convivialité, de générosité et d’engagement.
C’est une expérience à vivre absolument et qui nécessitera encore quelques temps pour en retirer tout son sens mais je n’ai pas résisté à vous livrer à chaud ces quelques réflexions, de retour en France.

Amitiés slow

Gilles

Slow Food convivium leader, 20:55:PM | | Comment (2)


2 Comments - De Bordeaux à Terra Madre

  1. J’ai participé à TERRA MADRE2006.Je ne l’oublirais.
    J’ai d’abord été impressionné par le niveau d’organisation d’un si grand festival mondial. Et puis quand je me trouvé là,je me senté comme si j’étais au cetnre du monde:à voir les peaux de toutes les couleurs,venues de tous les coins de la Terre,s’exprimant dans toutes les lanuges,partageant la meme nourriture dans l’harmonie parfaite.C’étais vraiment fantastique!

    Le ‘’solonne del gusto’’,je ne peux dire que c’était ‘’Très bon’’!

  2. Along with the slow food movement, Terra Madre has been criticized for being an elitist organization. For instance, some argue that by banning GMO foods in the developed world (i.e., Russia, Poland, 18 of 19 Italian regions ban GMO food), corporations will import their foods to developing regions such as Africa and South Asia.



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